Compte de faits

Le conteur est celui qui transmet. Enfants, nos parents nous lisaient des histoires, des contes et légendes fabuleux qu’ils glanaient ça et là dans les traditionnels livres pour enfants. Quand je suis devenue maman, ce rituel de lecture s’est aussi installé, je suis à mon tour devenue conteur.

Là d’où je viens les traditions orales ont été développées aux Antilles par les esclaves d’Afrique. C’était un moyen de distraction mais surtout un exutoire, un moyen de résistance à l’oppression, une manière de s’exprimer comme la musique et la danse, un moyen de transmission et de mémoire.

Je suis une amoureuse de livres. Au-delà de son contenu, retrouvable intégralement sur écran ou tout autre support, l’intérêt du livre réside dans le fait même qu’il soit un objet organique. On peut en tourner les pages, sentir le grain, humer le papier. Un rapport physique, intime, s’installe, devenant vite corporel voire passionnel.  Fait de peau et de papier, animal et végétal, le livre apparaît comme un prolongement du corps ou de la parole. Il est combustible, putrescible et même comestible. Dévorer un livre n’est pas qu’une métaphore, les histoires et les mythes où le lecteur avale littéralement le livre abondent.

Mes livres sont des morceaux de vies. Des chapitres. Chaque page est un instant, un moment, une émotion. Tels des papillons, pages volantes, mes livres sont des petits bouts de vies soigneusement conservés et reliés entre eux pour donner un sens au tumulte.

 

Faits de papier, toile, grillage entoilé, peints et écrits à la main, monochromes ou colorés, les tableaux-livres dévoilent notre vie, nos humeurs, notre état de présence dans le monde, notre faculté à recevoir l’information et ce qu’on en fait. Réunis, ils racontent l’histoire d’une vie.

 

Ils sont construits sur les mots dits, les rêves glanés à travers des rencontres, les immigrants, les migrants, l’instant présent, les contes et légendes traditionnels, le quotidien, les fuyants, les habitants, et tout ce qui nous remue à l’intérieur. Il nous faut des millions de rêves pour l’énergie de l’ensemble, tous enfermés et consignés. Ils sont présentés en polyptique, installations variables, cubiques ou en suspension.